Où as-tu commencé à jouer au football ? J’ai commencé à jouer en club à la Jeanne-d’Arc de Drancy, puis à l’AC Bobigny. J’ai joué jusqu’en juniors. Ailier gauche. J’étais droitier, mais je jouais à gauche, je n’étais bon que pour recevoir la balle de la droite. Mais je jouais surtout à la cité. Tous les soirs, y’avait match. Les plus doués de la cité ne réussissaient pas en club. Il y avait deux, trois mecs intouchables qu’on pensait tous voir finir en pro... Mais... Aujourd’hui, dès qu’un mec a du ballon, on le repère. Les parents deviennent fous. Mon neveu joue au foot en minimes et ça prend des proportions incroyables. Avec tout ce fric, les parents perdent la tête. Ils ont envie de frapper l’arbitre. Nous, quand on jouait, nos parents n’étaient pas là...

Tu étais supporter ? Gamin, je n’allais pas au stade, juste quelquefois avec le conseil régional. Pour un Francilien, j’étais très, très nantais. Henri Michel, Bossis, Amisse, tout cela... À cause du jeu sans doute, et puis c’était l’époque. Cette équipe me tenait à cœur. C’était en 76/78. Ils composaient la moitié de l’équipe de France.

Et aujourd’hui, tu soutiens le PSG ? Oui, ça fait seulement quinze ans... Ce qui m’a fait basculer, c’est d’aller au stade. J’ai pris un abonnement l’année où Canal est arrivé ; c’est l’époque où j’ai commencé à gagner ma vie. On jouait le Real, le Milan... Ça donnait de beaux matchs. Avant 91, on n’avait pas de thune pour aller au stade et on avait du mal à se projeter dans cette équipe. Le côté Saint-Germain-en-Laye, on ne s’y retrouvait pas...

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Que manque-t-il au PSG pour être un grand club européen ? Des bons entraîneurs. Parce que les joueurs, on les a eus. Luis Fernandez a eu dans ses mains Anelka, Robert et Ronaldinho. Les trois, il les a fait fuir. FUIR. Ils ne sont pas partis, ils sont partis en courant. À Paris, on a eu des moyens. On a quand même eu le plus grand joueur du monde : Ronaldinho. On n’a pas su le garder, le cajoler. C’est la marque des grands entraîneurs de dire : “Voilà, j’ai un génie, je le laisse faire ce qu’il veut. Il arrive en retard ? Et alors... c’est un génie.” Fergusson l’avait compris avec Cantona. Il lui a dit : “Viens et fais ce que tu veux”, et le type s’est épanoui. Un joueur comme ça, il faut le soigner, c’est un étalon, un pur-sang. On ne peut pas lui dire : “Demain tu ne joueras pas, t’étais en retard.”

Et le licenciement de Vahid ? Franchement, il le fallait. Je l’aime bien, mais il a confondu rigueur et commando. Il y a un équilibre à trouver pour créer un esprit d’équipe, mais à Paris on ne sort pas des querelles intimes. À la période faste, il n’y avait pas d’affaire Fiorèse. On a besoin d’un homme qui se fasse respecter et qui lâche du lest au moment opportun. Vahid, quand il entend un mot de travers, il dit au mec : “Tu pars en CFA et on se reparle dans six mois.”

La météorite Anelka ? (tendre) C’est un grand joueur qui a toutes les qualités. Après, il a un problème de communication, il ne sait pas faire de la lèche aux dirigeants. Au fond, il sait qu’il a fait quelques conneries, mais ce sont des erreurs de jeunesse. Les erreurs d’un mec de vingt ans. Quand il voit le Real aujourd’hui, je sais qu’il a les boules... évidemment. Il est difficile de prendre des décisions importantes à cet âge. Tout ce qu’il veut, c’est jouer au foot tranquille, et c’est pour ça qu’on le retrouve à Fenerbahçe. S’il arrive à s’épanouir là-bas, tant mieux pour lui.

Tu suis aussi l’équipe de France ? Depuis l’Euro 92 en Suède. On était une soixantaine de Français. Pour l’Euro anglais, on était cent. Après 98, ce n’était plus pareil. J’ai presque regretté l’époque où les joueurs n’étaient pas des vedettes. Lors du France-Tchéquie de 96 à Manchester , il devait y avoir 200 Français et 20 000 Tchèques. Depuis la tribune, on pouvait discuter avec les remplaçants. On ne réalisait pas que ça n’arriverait plus jamais. Les mecs sont devenus intouchables. En Angleterre, on était au bord de la pelouse. J’avais un copain qui disait à Jacquet de sortir Zidane qui se traînait sur le terrain. Mon pote n’arrêtait pas de hurler : “Sors-le, tu ne vois pas qu’il est fatigué !”... à deux mètres de lui !

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Il paraît que tu as voulu mettre des billes dans un club... Mon rêve, c’était de pécho un club en national, voire en CFA, et sur la longueur, de le faire monter. Des dirigeants m’en ont dissuadé en me disant que c’était une grosse galère. À l’époque, je pensais à Noisy-le-Sec qui était en national, mais qui est descendu.

Y a-t-il un joueur qui te fasse rêver ? Pour moi, le plus grand joueur de tous les temps c’est Maradona (lire encadré), même s’il est devenu pathétique. Il a gagné la coupe du monde, le championnat d’Italie et la C3 pratiquement seul. On oublie que Pelé avait les meilleurs joueurs du monde autour de lui. À Naples ou avec l’Argentine, Maradona faisait basculer un match à lui tout seul. Si tu vas à Naples demain, tu as l’impression qu’il a joué la veille. Maradona avait un truc surnaturel avec le ballon. Comme tous les grands génies du sport, c’est un ange qui ne peut que se casser la gueule, c’est presque logique, hélas. En boxe, ils sombrent dans l’alcool, la drogue ou finissent en prison pour meurtre. Quand tu côtoies ce niveau et qu’arrive le moment d’arrêter, les mecs pètent un câble. Aujourd’hui, Zidane ou Beckham ont un staff, ce sont des entreprises. Pantani ou Maradona, c’étaient des hommes seuls.

Quel est le championnat européen qui t’emballe le plus ? L’italien, quand on réussit là, c’est qu’on est vraiment fort. J’ai toujours kiffé la Juve. En plus cette année, ils jouent particulièrement bien. L’intérêt du championnat italien, c’est qu’outre les deux équipes de Rome, de Milan et de la Juve, surgissent toujours des équipes surprises : l’Udinese, le Chievo, Parme... Il y a six, sept clubs pour se mêler à la lutte, même si les grands finissent par l’emporter.

Ton métier te permet-il de vivre ta passion footballistique ? Mon gros problème consiste à me libérer de bonne heure pour assister aux matchs. Les réalisatrices font tout pour que je rate les rencontres. Les réalisateurs m’arrangent le coup. Surtout Michel Spinoza(1) , vrai fan de foot, marseillais malheureusement. Why Not Productions(2) me fait carrément des plans de travail en fonction du championnat. Sur le film de Xavier Beauvois (Le petit lieutenant, Ndlr), on veillait bien à ce que je ne tourne pas les nuits de match !

Tu as des collègues en tribune ? Les acteurs qui aiment le foot appellent Canal, ont un fauteuil avec une couverture sur les genoux, les toasts à la mi-temps et ils parlent projets. Au Parc, je suis en tribune “Paris”. Je préfère être avec des mecs qui gueulent et qui connaissent le foot. Dans les tribunes VIP, il est difficile de voir les matchs. Quand je suis le foot, je ne suis pas acteur.

Pourquoi selon toi trouve-t-on quantité de Français issus de l’immigration dans le sport alors que dans le cinéma, ils sont quasiment absents... La différence entre le sport et le cinéma, c’est la performance objective. Dans le sport, on n’a pas le choix, on prend le meilleur. Dans le cinéma, on prend celui qui nous intéresse le plus. Un chrono ou une performance font oublier la tronche du mec. À acteur égal, on va préférer le mec bien blanc qui passe partout. Je ne joue pas la victime, je dois faire deux ou trois fois plus de films que d’autres acteurs bien blancs de ma génération. Je l’ai accepté au départ, le challenge n’en est que plus intense. Cela évolue dans le bon sens, mais très, très lentement. Là, on tourne un film de guerre au budget conséquent avec quatre acteurs d’origine maghrébine (Jamel Debbouze, Sami Naceri, Sami Bouajila et moi), chose inenvisageable il y a cinq ans à peine ! Je pense qu’on ouvre les portes pour la génération à suivre. Une équipe de France totalement noire, c’est pour bientôt. J’ai lu dans un article que 197 joueurs professionnels sont issus de l’Île-de-France, la région la plus cosmopolite du pays. Une chose qu’il faudra assumer... - VP et RR

(1) : réalisateur ( La parenthèse enchantée ) (2) : producteur de films (Audiard, Desplechin,.)

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Roschdy Zem en cinq dates

1965 - Naissance à Gennevilliers (92) où il demeure quatre ans avant de s’envoler pour Drancy.

1991 - Arrivé presque par hasard sur le tournage du J’embrasse pas d’André Téchiné, il décroche un rôle et trouve ainsi un moyen efficace de pouvoir se payer un abonnement au Parc...

1995 - Il obtient enfin son premier (vrai) grand rôle dans N’oublie pas que tu vas mourir de et avec Xavier Beauvois. Accessoirement, il éclabousse de tout son talent le voisinage...

1998 - Dans Ceux qui m’aiment prendront le train de Patrice Chéreau, il est le seul à snober la SNCF. Minéral et gouailleur, donc parfait.

2005 - Indigènes et Le Petit Lieutenant, ça chie la classe.