Tu aimes bien des gars comme Mickey Rourke ?
Oui, mais c’est vieux ça. C’était il y a vingt ans ! Je ne renie pas ce que j’ai dit, il y a vingt ans... C’était ce que je pensais... Mais dans le cinéma, pour l’instant, je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui me fasse l’effet que m’a fait Maradona, par exemple. Je n’ai jamais rencontré cette personne-là. Bon, il y a bien Denis Lavant, sur scène, qui m’a fait forte impression. Il jouait un truc sur Francis Bacon. Hors scène, je ne le connais pas, donc c’est difficile de juger. Mais jamais un mec n’a eu la présence d’un Maradona. Il n’y en aura peut-être sans doute jamais au cinéma. Un mec qui rentre dans une pièce comme ça et qui... Ça ne m’étonne pas qu’ils aient gagné une coupe du monde, lui et quelques joueurs très moyens. Très, très moyens. Ca ne m’étonne pas que ce mec-là ait transcendé ces joueurs-là.
Et, il a failli refaire le coup en 1990...
En 90... Et si on le laisse faire, il le fait encore en 94 ! Mais plus que ses qualités de joueur, ou de leader, ce sont des trucs imperceptibles, qui créaient de l’euphorie. Et ça, c’est de la folie.
Il y a des projets de films sur Maradona.
Ça ne m’étonne pas. Mais qui va interpréter Maradona ? Si un jour les Américains font un film sur Maradona, ils le feront quand il sera mort, puisque lui n’acceptera jamais de son vivant, je trouverai ça scandaleux. Mais si un jour, il meurt, et que sa famille ou n’importe qui, accepte que les Américains fassent un film sur lui, ce sont des « vaut-rien » ! Parce qu’il a sa vie, ses idées, il a son machin et qu’il est complètement anti-Américain, parbleu ! Et depuis toujours ; il n’a pas attendu Ben Laden ! Ce sont les gens pas très intelligents qui disent que Maradona n’est pas intelligent. Mais je crois que Maradona est trop intelligent pour que la majorité des gens le trouve intelligent ! Dans son temps, dans l’instant, il était incompris, par contre, dix ou quinze ans après, eh bé là, on se rend compte que finalement, ce qu’il disait, c’était pas si con, tu vois ? Et pas que sur les Américains ! Sur plein de gens.
Tu peux passer n’importe quel match de l’Equipe de France, ici... Là-bas, presque vingt ans après, les gens chialent devant leur télé, en regardant Maradona. Bien sûr ! Joël Cantona - présent dans la pièce : Ils chialent à tout moment avec Maradona ! Rachida Brakni - compagne d’Éric, également présente : Devant Maradona, je comprends que tu chiales, mais tu ne peux pas chialer devant... Je ne sais pas moi. Devant Deschamps ! Joël : Moi, je chialais...
...Mais pas pour les mêmes raisons !
(Rires) Maradona, c’est plus qu’un joueur ! C’est plus qu’un simple grand, très, très grand footballeur. Le plus grand qu’on ait connu, très sincèrement.
Comment expliques-tu qu’il n’y ait aucun bon film sur le foot ?
Si, « Coup de tête ». C’est le meilleur, con ! Mais je crois qu’on ne peut pas filmer le foot. Rien que la boxe quoi, tu vois ; la boxe, on arrive à faire des trucs, des combats... On y croit un petit peu à « Raging Bull » et tout ça, mais quand même, tu vois que les types ne sont pas vraiment des boxeurs. Mais le foot, tu as onze mecs contre onze autres mecs. Sur un terrain de cent mètres ; comment tu veux faire croire que ces mecs-là, ils jouent bien au foot ? C’est difficile. Non, parce qu’il y a des acteurs qui ont du mal à imaginer un footballeur devant une caméra... Moi, j’aimerais bien en voir certains en short... À mon avis, il vaut mieux voir certains footballeurs devant une caméra, que l’inverse ! Il me semble...
Tu es obligé de prendre des acteurs qui ont été footballeurs, alors ?
Ouais, mais même. Je ne crois pas que tu puisses filmer ça. Pour moi, ça ne peut pas se filmer un bon match de foot. Maintenant, une histoire autour du foot...
Est-ce qu’il y a des films, pas que tu regrettes d’avoir faits ? Parce que tu as joué dans des films qui se sont fait défoncer par la critique...
Lesquels ?
« Mookie », par exemple...
Et quel autre ?
« L’Outre Mangeur » ! Il n’y a pas une critique qui disait que le film était bon ! Ils disaient : « Eric Cantona/Rachida Brakni, c’est l’arbre qui cache la forêt » ! Le film est naze, mais voilà, il y a ce couple d’acteurs. Ouais, mais de toute façon, avec tous ces journaux... Il y a toujours un magazine qui ne va pas aimer le film que tu as fait. « Mookie », il y avait une espèce de consensus là-dessus, sur le fait que le film était une daube.
Bon. Moi adulte, « Mookie » ce n’est pas le genre de film que j’ai envie de voir ! Maintenant, je peux t’assurer, et demande autour de toi à des gamins, que les gosses qui ont vu ce film l’ont adoré ! Vrai ou faux ?
C’est possible. On n’a pas demandé ! Mais peu importe...
Ah, voilà, ! Renseigne-toi. Les enfants adorent « Mookie » ! (Rires). Maintenant, moi, si on me le propose aujourd’hui, je ne le fais pas ! Tu vois ce que je veux dire ? Peut-être que je me raccroche à ça, au fait que enfants adorent vraiment ce film... Mais aujourd’hui, je n’ai plus envie de faire des films pour des enfants de dix ans ! Ou moins de dix ans ! J’ai envie de faire autre chose. Mais, il a son public quand même. Allez, enlève « Mookie », pour parler entre adultes...
Après, il y a eu des apparitions, comme dans « La Grande Vie » ? Je ne l’ai pas vu, mais j’imagine que c’est parce que Philippe Danjoux, le réalisateur, est un ami à toi de longue date, non ?
Oui, mais aussi parce que ça me plaisait. Je suis fier d’avoir fait ce film. C’est une belle poésie, un bon petit film, sans prétention, machin.
Si on reprend « L’Outremangeur ». Hormis la qualité du jeu d’acteur, est-ce que le film en lui-même, est réussi ? Est-ce que l’on ne retombe pas dans le stéréotype du téléfilm marseillais ?
Qu’est-ce que tu veux que je te dise, moi ? Aujourd’hui, par rapport au public que ce film a rencontré, on pourrait se dire qu’il aurait pu être fait autrement, si l’on ne se fie qu’à ça. C’est ce que l’on peut dire. Mais, c’est un truc dont je suis fier et ça a été pour moi, une révélation. Pas vis-à-vis des autres ; vis-à-vis de moi-même. Pour que j’arrive à avoir cette satisfaction-là, j’ai été aidé par des gens. Je ne peux pas renier ça. Ces gens-là, je leur dois beaucoup. Que ce soient les acteurs, le réalisateur, le producteur... Après, le film n’a pas été fait comme certains attendaient qu’il soit fait. Il aurait pu être fait autrement. Mais moi, je ne peux pas renier ce que ces gens m’ont apporté. Rien que pour ça, je ne me permettrais pas de dire quoi que ce soit. La seule chose que j’ai à dire, c’est : merci ! Ben, oui !
Il y a ce film aussi, « Elizabeth », tourné en Angleterre par un réalisateur pakistanais. Est-ce que tu as découvert une autre façon d’appréhender le cinéma ?
Oui, c’était au tout début, avant même les « Enfants du Marais » . À l’époque, le cinéma, je voyais ça comme un art. Donc pratiqué par des artistes. Et tu associes souvent l’art et les artistes à l’excès ; la boisson, la drogue... sex, drugs et rock and roll ! Et quand je tournais ce film-là, je me suis rendu compte d’une chose : c’est que tout ça se faisait en amont, et que quand tu es dedans, tu travailles. Pas de vin à table... Rien de tout ça ! On est là pour travailler, et tout ce qui peut nuire au travail est exclu. Moi, je trouve ça beau ! Je trouve ça magnifique parce qu’il y a des gens qui investissent de l’argent ou qui donnent leur vie à l’écriture d’un truc, à créer des lumières, des décors, des machins comme ça, et que pour tous ces gens-là, quand tu travailles, tu travailles. Et, ce n’est pas parce que tu ne bois pas un verre de vin à table que tu n’es pas performant. En tout cas, il a eu huit nominations aux Oscars, ce film. Avec une grande actrice australienne, Kate Blanchett... Il faut ouvrir toutes les barrières, soi-même, naturellement, en faisant l’effort de faire une introspection et de pouvoir s’exprimer sans toutes ces substances. Du moins, au moment où tu travailles. Pour moi, c’est un enseignement. Peut-être parce que je viens du sport... Mais j’ai appris à me connaître, et à donner tout ce que j’avais à donner, naturellement. Ce n’est pas uniquement pour moi que je le fais, c’est pour tous les gens qui sont autour ; Parce que quand tu joues un match et que tu perds ; trois jours après, tu en joues un autre... Ce n’est pas bien grave ! Mais quand un réalisateur donne sa vie pour un film, qu’il se fait descendre, et qu’il n’y a plus personne... Si ça se trouve, il n’en refera jamais plus un seul ! Et s’il doit prouver, ou reprouver, ce sera peut-être trois ans, ou cinq ans après... Rien que pour ça, ça mérite que tu aies la force et les capacités de donner tout ce que tu as à donner, sans ces substances, censées te donner « le génie », alors que la seule chose qu’elles te donnent, c’est qu’elles t’abrutissent ! Et le seul plaisir que tu as, c’est de rigoler avec les collègues... De te dire : « tiens, super ! On s’est bien amusé sur le tournage, c’était magnifique, la drogue, etc. » ? Hé... Ce sont des merdes, tout ça ! Des grosses merdes, en fait !
C’est quelque chose auquel tu as été confronté dans le cinéma ?
Non. C’est l’idée que tu t’en fais et certaines expériences que tu peux avoir. Je ne crois pas que ce soit ça, être un homme... Maintenant, il y a des gens qui en ont besoin. Celui qui souffre, et pour ne pas se mettre une balle dans la tête, boit... Et qui en même temps travaille pour essayer de se sortir de ça, car tu ne te complais pas dans cet état, je comprends. Je peux comprendre, et il peut peut-être sortir quelque chose. Tant mieux ! C’est important de le préciser ! Il y a aussi des gens qui n’arrivent pas à passer au-dessus de certaines choses, qui n’en ont pas la possibilité et qui ne comprennent pas, ou qui n’y ont pas accès. Pas par manque d’intelligence, parce que ce sont souvent des gens très intelligents. L’inconscient, c’est brumeux. Donc, pour eux, ces substances permettent qu’ils parviennent à un état normal. Ils sont tellement au fond, que c’est une façon de les mettre plus ou moins, à la surface. Pour les autres, quand tu es normal et que tu te fais passer pour un artiste torturé... Là, c’est de la merde, quoi ! Maradona, tu vois, on peut dire ce qu’on veut, mais il ne s’est jamais drogué pour aider son équipe, et il n’est jamais entré sur le terrain sans être à 100% de ses capacités. Jamais. Le reste, c’était sa vie privée, on n’avait pas à le juger là-dessus. En 94, il devait jouer. Et il aurait sans doute gagné.
On aurait bien aimé que tu nous racontes la fois où Joe Strummer est entré dans le vestiaire de Manchester...
Je l’ai rencontré dans un restaurant, pour la première fois. Voilà ! Ben, c’est un fan de foot et de Manchester... Et de moi, à l’époque. Je ne sais pas s’il représentait vraiment quelque chose au début, pour moi ; enfin, j’écoutais sa musique, mais je ne m’identifiais pas aux « Clash ». Jamais. Mais c’était une énergie que j’aimais. Parce que quand on écoute un truc, c’est aussi pour recevoir quelque chose... Ce n’est pas toujours le même genre de musique, pour moi...
S.F : Sinon, c’est un film de qui ?
E.C : C’est un film de Gérard Krawczick, qui s’appelle « La Vie est à Nous », adapté d’un roman de +++ Ségouriau » +++ qui faisait des +++ brèves de comptoir +++ . C’est un film un peu intimiste, qui s’apparente à un film d’auteur. Il revient un peu à « L’Été en pente douce », après avoir fait « Taxi » et des films plus commerciaux. Il revient à ses premières amours... Je crois que c’est un truc qui lui est beaucoup plus proche. Voilà, c’est une belle histoire !
Commentaires
1. mercredi 3 mai 2006 à 12:14, par mike112
2. mercredi 3 mai 2006 à 15:02, par Mark Landers
3. vendredi 1er juin 2007 à 19:28,
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